Agrippé à la chaleur de son âme, enlacé au creux de son coeur tendre, il fermait les yeux et l'esprit sur l'atroce de l'extérieur. Il tremblait de chaud alors que les frissons du froid sec marquaient encore sa peau et peinaient à disparaître. Sa mâchoire, ses chevilles frétillaient. Mais surtout, et ce qui m'a émue le plus, c'était sa tête reposée, son regard paisible et calme, profond mais rassuré, en direction du feu qui crépitait dans l'antre de cette cheminée au bois craqué. Il oubliait pendant un temps combien le monde est dur, impénétrable quand il parait si accueillant, hypocrite quand pourtant il nous souris et nous prends, mais pour plus tard nous jeter et nous faire disparaître dans l'abîme du puits profond dans lequel les gens seuls sont condamnés à vivre.
Mais ils se serraient très fort, pour oublier le reste et surtout ils savaient qu'à eux deux ils étaient toutes les briques du pont qu'il faut chaque fois reconstruire pour devenir quelqu'un. Etre des gens accomplis et adulés leurs importait peu, le sens même du mot perdait tout son sens quand on voit l'absurdité des autres. ils étaient eux deux le miroir de l'autre, semblables mais opposés, seuls et si égoïstes d'amour. Leurs besoins, leurs désirs, ils les feraient naître ensemble. Et s'ils étaient condamnés à rester sur ce divan réchauffés par leur corps, à regarder les flammes danser, ils le feraient sans hésiter.
New York Times